Affichage des articles dont le libellé est culture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est culture. Afficher tous les articles

vendredi 15 février 2008

Seen in le Monde: Interview de Jacques Rigaud sur le mécénat culturel

Jacques Rigaud, ancien président de l'Admical

"Un désengagement de l'Etat dans la culture pénaliserait le mécénat"

Jacques Rigaud, 76 ans, a présidé durant vingt-huit ans l'Admical, association chargée de promouvoir le mécénat, notamment culturel, auprès des entreprises. Il vient de céder sa place à Guillaume Pepy, le numéro 2 de la SNCF. Enarque, membre de plusieurs cabinets ministériels (notamment à la culture), ancien PDG de la radio RTL, Jacques Rigaud explique les acquis et enjeux du mécénat.


Guillaume Pepy, nouveau président de l'Admical

Guillaume Pepy, 49 ans, succédera le 12 mars à Jacques Rigaud à la tête de l'Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical). Cet énarque, ancien membre de cabinets ministériels dans des gouvernements socialistes, est actuellement le numéro deux de la SNCF. Il a joué un rôle important, à la fin de 2007, lors des négociations du régime de retraites des cheminots. "C'est difficile de succéder à Jacques Rigaud, un pionnier du mécénat culturel en France, explique Guillaume Pepy. Beaucoup a été fait, nous comptons 170 entreprises majeures dans notre club de l'Admical, mais il en reste sous le pied. Nous devons attirer les nouvelles fortunes nées de l'Internet. La culture liée au multimédia est un champ qui devrait intéresser les entreprises à l'avenir. En sachant qu'elles veulent de plus en plus être présentes à la fois dans la culture, le développement durable, la recherche, le sport... A nous de les aider à lier ces centres d'intérêt."

[-] fermer

Que représentait le mécénat dans les années 1970 ?

Il se limitait aux actions de quelques grandes fortunes : Suzanne Tézenas, les David-Weil, ou les Boissonnas. Il devenait urgent de développer un mécénat d'entreprise. Mais c'était très mal vu. Le grand capital allait asphyxier les créateurs, soutenaient nombre d'artistes pour qui l'entreprise était un lieu d'oppression et d'aliénation. De son côté, le CNPF, ancêtre du Medef, affirmait que la culture ne le concernait en rien, que ce domaine relevait de l'Etat. On a donc créé l'Admical en 1980, en refusant tout patronage public : personne ne devait croire que l'Etat allait en profiter pour se désengager.

Comment définir l'Admical ?

Un club d'entreprises alimenté par les cotisations, qui ne lève pas des fonds mais permet de réfléchir, donne des idées, délivre des Oscars du mécénat. C'est aussi une base de données, et un groupe de pression vis-à-vis des pouvoirs publics.

Quand le mécénat culturel a-t-il vraiment émergé ?

Paradoxalement, avec le doublement des crédits de la culture par Jack Lang, en 1982. Je me souviens du communiste Guy Hermier nous disant : "Maintenant que l'Etat s'engage fortement, on n'est plus contre vous."

La loi a-t-elle fait avancer les choses ?

Oui. Celle de 1987 définit pour la première fois le mécénat sur le plan légal et apporte quelques avancées fiscales. La loi de 1990 débloque le verrou des fondations. Il faut savoir que, depuis Philippe le Bel, l'Etat se méfie de tout organisme privé qui se mêlerait de ce qu'il estime être de son ressort. C'est le cas des fondations, échappant à l'administration et fiscalement favorisées, donc souvent perçues par les pouvoirs publics comme des organismes à mi-chemin entre la congrégation religieuse et l'association de malfaiteurs. Il s'en est créé une cinquantaine dans les années qui ont suivi la loi de 1990.

L'enjeu est aussi fiscal. Une entreprise qui entend soutenir la culture ferait, en réalité, de l'abus de biens sociaux. Une loi de 2000 a rectifié le tir. Et enfin, il y a la loi sur le mécénat de 2003, qui est un tournant. Sans l'Admical et son lobbying, cette loi n'existerait pas. Elle n'est pourtant pas assez connue, et les entreprises n'en profitent pas assez.

Que représente le mécénat culturel aujourd'hui ?

La culture représente 34 % du mécénat global, soit 340 millions d'euros sur 1 milliard d'euros en 2005 - le reste va à l'humanitaire et au social. Même si les sommes augmentent continuellement - et fortement depuis 2005 -, le mécénat est et restera marginal. Sa principale qualité, c'est de fournir les quelques dizaines de milliers d'euros qui vont permettre à un artiste de concrétiser son projet. Ou, au contraire, d'aligner la première somme capable de débloquer un financement impossible.

Le mécénat, ce n'est pas seulement un chèque mais aussi un partenariat. Plus le mécène est impliqué, plus il donne. Il est arrivé qu'un comptable d'entreprise s'occupe de la comptablité d'un orchestre ou qu'un cadre du privé installe l'informatique d'un musée. Le mécénat contribue aussi au pluralisme et offre de l'indépendance vis-à-vis des institutions.

Quels sont les domaines culturels où le mécénat est le plus présent ?

Les musées trouvent d'habitude le mécénat qu'ils sollicitent. L'art contemporain attire de plus en plus. La musique n'est pas à plaindre. Le théâtre reste un parent pauvre. Sans doute parce qu'il est considéré comme dangereux et subversif. Ce qui est à son honneur. Mais c'est aussi le secteur le plus recroquevillé sur lui-même.

Y a-t-il un seuil à ne pas dépasser pour le mécénat dans une création ou un lieu culturel ?

Quinze pour cent me semblent un maximum. Le mécénat n'est pas fait pour palier un manque de public ou pour boucler les fins de mois d'un Etat nécessiteux.

L'Etat n'a-t-il pas tendance à se mettre en retrait ?

C'est vrai, et cela me désole. Un désengagement de l'Etat dans le domaine culturel pénaliserait indirectement le mécénat. Comme je viens de le souligner dans un rapport au ministère de la culture, si les musées se mettaient à vendre les oeuvres qu'ils détiennent, ce serait un mauvais signe envoyé aux donateurs potentiels. Plus largement, je sens une revanche du ministère des finances et des gestionnaires purs de l'administration, qui, après avoir dû mettre en veilleuse leurs réticences vis-à-vis de la culture dans les années 1980 et 1990, reprennent le dessus et insistent pour que la culture se débrouille désormais seule.

Nicolas Sarkozy veut favoriser des spectacles qui attirent le public. Qu'en pensez-vous ?

Jamais Colbert n'aurait osé présenter à Louis XIV des pièces qui correspondent à l'attente du public. Le public n'a jamais attendu Tartuffe ou Le Misanthrope.

Propos recueillis par Michel Guerrin et Emmanuel de Roux

Article paru dans l'édition du 14.02.08.

lundi 10 décembre 2007

Seen in le fig: Oera comique and Jerome Deschamps

«Même le mot noir devient tabou, c’est de la pure folie»
Langage. Georges Lebouc écharpe et décortique le politiquement correct.
Recueilli par CATHERINE MALLAVAL
QUOTIDIEN : lundi 10 décembre 2007
58 réactions
Vous rêvez de vous fondre dans le ronron de l’époque, en causant bien lisse, sans la moindre once de malice ? Vous aspirez à devenir le Mr. Propre du français, jamais en reste d’expressions javellisées comme «précipitations» (à croire que ça mouille moins que la pluie), «plan de sauvegarde de l’emploi» (nettement plus social que licenciements collectifs) ou «arts premiers» (plus distingués qu’arts primitifs), sans oublier «frappes chirurgicales» ou «dommages collatéraux» ? Le Parlez-vous le politiquement correct ? que vient de publier le Pr Georges Lebouc (1) et, en particulier, son lexique vont devenir votre livre de chevet.


Sur le même sujet
BLOG Le Noël chrétien n'est plus tabou aux Etats-Unis


Vous fulminez quand on vous dit «cet apprenant souffrait d’un surcroît pondéral qui ne lui permettait pas de briller au cours des séquences de motricité», plutôt que «cet élève obèse ne pouvait pas briller au cours de gym» ? Georges Lebouc, philologue en retraite, mi-français, mi-belge, est aussi votre ami. Lui qui s’agace sec contre cette façon que l’on a de ne «plus appeler un chat un chat». Entretien avec un homme qui a le bon goût d’avoir fait sienne cette exquise citation de Montesquieu : «La gravité est le bonheur des imbéciles.»

Quel comble du «politiquement correct» vous a poussé à écrire ce livre ?

Le mot «océaniser», qui signifie couler un navire-poubelle, donc polluer les océans, me fait particulièrement bondir. Mais plus que tel ou tel mot, comme «partir» pour mourir, c’est la dérive du politiquement correct qui m’exaspère. Nous sommes en effet passés d’une volonté de ne pas choquer au délire. Tant qu’il s’agit de parler de malentendants, ou de déficients auditifs ou de handicapés auditifs plutôt que de sourds, de sourdingues, des durs de la feuille qui auraient les portugaises ensablées, passe. Même si hélas, malgré les miracles qu’il accomplit, le politiquement correct ne parviendra à réparer cette infirmité, ou plutôt ce handicap comme on dit maintenant. Bref, quand dans le même souci de ne pas choquer ou exclure on cherche à éviter des discriminations raciales, sexuelles ou sociales, par exemple en revalorisant (prétendument) certains métiers par une terminologie plus huppée comme «technicien de surface» (balayeur) ou «hôtesse de caisse» (caissières)… pourquoi pas. Mais quand une institutrice se fait vilipender lors d’une inspection parce qu’elle parle du tableau noir et que le mot noir devient à lui seul un tabou, c’est de la pure folie.

Quels sont les domaines les plus affectés ?

Tous le sont. Mais l’économie est un terrible domaine où les mots sont là pour éviter de dire les choses. Comme s’il était moins pénible d’être «licencié» ou «restructuré» que mis à la porte. Tous les substituts aux vilains mots sont bons : «réajuster» au lieu de dévaluer, «réaménager» plutôt que réduire, «ouverture du capital» à la place de privatisation, «lignes de production» en guise de travail à la chaîne… Quant aux anciens travailleurs à la chaîne, deviendront-ils des chômeurs ? Jamais ! Tout au plus des «demandeurs d’emploi» ou des «sans-emploi», voire des «personnes en cessation d’activité ou de travail», en «mise en disponibilité» ou même «mise en non-activité»…

Mais comment ces mots sont-ils «aplatis» ?

Ils reposent sur des procédés qui ne sont pas loin de devenir des tics. Comme le but est de ne pas appeler les choses, on recourt à des formulations négatives, comme «non»-apprenant (un cancre) ou «mal»-sachant, ou «contre»-performance (en fait, un échec), «sans»-abri (clodo), «dys»-fonctionnement (qui vaut tellement mieux qu’une bavure policière, par exemple).

Autre astuce tout aussi caricaturale, le recours au langage scientifique. Comme s’il était préférable de dire aliénation que folie, oncologie ou carcinologie que cancérologie. Il y a également l’utilisation de mots étrangers : on n’est plus un homosexuel montré du doigt quand on est gay. Sans oublier le recours aux acronymes, HLM, IVG, HP… De bien beaux euphémismes !

D’où nous vient cette entreprise de lissage ?

Des Etats-Unis dans les années 90. Il s’agissait alors principalement de lutter contre le racisme quand une classe moyenne de Noirs américains a vraiment commencé à émerger. L’expression politically correct qui découle de la political correctness nous vient de là.

Pourtant, ce n’est pas une première dans l’histoire...

Effectivement, ce ridicule a déjà existé sous la forme d’une préciosité dont Molière s’est moqué. Mais il s’agissait à cette époque-là et de briller dans la conversation et de raffinement, avec toutes sortes de métaphores succulentes. Ainsi il y avait le «conseiller des grâces», qui désignait un miroir, l’«antipode de la raison» pour une sotte, les «commodités de la conversation» pour des fauteuils, ou encore un «traître» pour parler d’un paravent. Mais l’oscar des expressions précieuses va sans conteste aux pauvres porteurs de chaise devenus des «mulets baptisés» !

Ça va durer longtemps cette histoire ?

En fait je crois que le XXe siècle a tellement été barbare qu’on avait peut-être besoin d’un épisode lénifiant. Une dizaine de mots apparaissent encore tous les quinze jours. Mais c’est une mode. Et l’on passera brutalement à autre chose.

(1) Coll. «Autour des mots», éditions Racine, 128 pp., 15,70 euros.

Seen in le fig: about Jérôme Deschamps and Opéra comique

Interessant article dans le fig d'hier sur la nouvelle direction de l'Opéra Comique par Jérôme Deschamps
Enjeux de la nouvelle direction post Jérôme Savary: ne pas renoncer à l'exigence en termes de programmation artistique, mais savoir aussi s'ouvrir à de nouveaux publics, ceux là même qui n'oseraient pas aller à l'Opéra. Constantes des politiques culturelles publiques de ce début de siècle...
Belle initiative que celle du "mécène du regard": on achète une place, qui sera offerte à quelqu'un qui n'aurait pas les moyens d'aller voir un Opéra. Une nouvelle vision du don.