- the importance of opening up to new audiences: in this sense, buzz and the internet as clever tools for an orchestra to appeal to younger audiences
- websites as living archives for music...
Pour ses 40 ans, l'Orchestre de Paris se développe sur la Toile
LE MONDE | 10.12.07 | 16h47 • Mis à jour le 10.12.07 | 16h47
l'occasion de ses 40 ans, l'Orchestre de Paris propose une saison musicale de haute tenue, marquée notamment par la venue de Pierre Boulez et de Daniel Barenboïm. La formation, aujourd'hui dirigée par Christoph Eschenbach, n'a cependant pas souhaité se limiter à une programmation exceptionnelle de concerts : elle s'est lancée dans la rénovation de son site Internet.
Jusqu'alors, son adresse Web se bornait à fournir quelques informations sur les concerts et les musiciens. "Nous sommes passés à la vitesse supérieure, affirme le directeur général de l'orchestre, Georges-François Hirsch. Le site doit être un vrai lien entre le public et les artistes."
Première innovation : la création d'un blog tenu par les musiciens de la formation. Inauguré en octobre lors de leur tournée en Asie, celui-ci a vu les instrumentistes témoigner de leurs prestations artistiques et de leurs découvertes touristiques. "C'est une chronique de la vie quotidienne d'un orchestre, explique le violon solo Philippe Aïche. En racontant des anecdotes ou en livrant ses impressions personnelles, l'instrumentiste apparaît plus vivant et peut-être plus humain."
"TOUCHER LES JEUNES"
Le site s'est aussi enrichi de vidéos, montrant par exemple les musiciens en répétition. Une façon de décloisonner l'univers de la musique classique, encore intimidant pour certains. Christoph Eschenbach connaît bien le potentiel du Web pour avoir dirigé auparavant l'Orchestre de Philadelphie dont l'offre multimédia est très étoffée. "Internet apporte au classique une dimension populaire. On peut ainsi toucher les jeunes, qui appartiennent à la "computer generation"", estime-t-il. Or c'est justement la tranche des 20-30 ans qui fait défaut dans les salles de concert.
Le site s'adresse également au mélomane soucieux d'approfondir ses connaissances. Ainsi, au cours du mois de décembre, seront mis en ligne des concerts d'archives de l'orchestre. Au programme, des enregistrements inédits dirigés par les plus grands, depuis Georg Solti jusqu'à Carlo Maria Giulini.
Disponibles gratuitement sans téléchargement, ces documents seront majoritairement audio, mais également visuels, grâce à un partenariat avec l'Institut national de l'audiovisuel (INA).
Pour l'instant, l'heure est encore à la négociation des droits d'auteur. "Les artistes comprennent que, pour leur propre survie, ils ont besoin d'être présents sur ce type de supports", déclare cependant Georges-François Hirsch.
Le coût de ces innovations est pris en charge, à hauteur de 125 000 euros, par une entreprise mécène, la banque d'investissement Natixis.
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Site Internet : orchestredeparis.com.
Antoine Pecqueur
Article paru dans l'édition du 11.12.07.
Affichage des articles dont le libellé est press. Afficher tous les articles
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mardi 11 décembre 2007
seen in le monde: from the paper to the web...
Les sites d'information autonomes cherchent leur équilibre économique
LE MONDE | 10.12.07 | 14h21 • Mis à jour le 10.12.07 | 14h21
ace à la crise qui secoue le secteur de la presse écrite, les difficultés économiques qu'elle rencontre et la contestation de son indépendance, de plus en plus de journalistes migrent sur le net. A l'instar des Etats-Unis, où des plumes de titres réputés comme le Washington Post ont quitté leur journal pour participer à des sites d'investigation, des "signatures" de la presse française tentent également l'aventure du net avec l'ambition de renouveler le métier et de changer les rapports entre les journalistes et les lecteurs.
Un mouvement qui touche plusieurs pays
Le mouvement des journalistes de la presse écrite séduits par Internet gagne plusieurs pays. En Espagne, plusieurs rédacteurs ont quitté le quotidien El Mundo pour lancer un site d'information "utile et ouvert" (www.soitu.es), qui compte déjà une trentaine de personnes. Il a passé un accord avec le site rue89.com pour des échanges de contenus. Le site démarrera à la fin de l'année en Espagne. Le mouvement s'est accéléré aux Etats-Unis au début de l'année avec le lancement du site the politico (www.politico.com), créé par deux plumes du Washington Post, John Harris, journaliste politique, et Jim VandeHei, ainsi que Mike Allen, le journaliste de Time rattaché à la Maison Blanche. Ce site est consacré à la politique américaine, notamment à l'approche de la présidentielle de 2008. Il s'accompagne d'un journal papier, qui paraît trois fois par semaine lorsque le Congrès américain est en session. Cette annonce, faite fin 2006, avait été perçue comme un tournant majeur. Le groupe de médias Allbritton Communications, qui diffuse deux chaînes de télévision à Washington, soutient le projet financièrement. Gratuit, le site est également financé par la publicité.
Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, a ouvert dimanche 2 décembre la présentation de son site d'information, pour l'instant appelé MediaPart (www.mediapart.fr) qui sera lancé au premier trimestre de 2008. Il prône "une presse profondément repensée et totalement refondée".
"Partant du constat qu'il y a une crise de l'information, très particulière en France au regard de l'indépendance des journaux, nous voulons proposer un journalisme d'enquête en offrant un nouveau type d'information, totalement indépendant, sur un mode participatif", explique François Bonnet, ancien chef du service international du Monde, directeur éditorial de Mediapart.
Ce site, "cherche à inventer une réponse aux trois crises - démocratique, économique, morale - qui minent l'information en France, sa qualité et son utilité, son honnêteté et sa liberté", écrit M. Plenel. L'équipe, qui compte aujourd'hui sept à huit personnes (dont Laurent Mauduit, ancien rédacteur en chef du Monde, Gérard Desportes, Marie-Hélène Smiejan...), en comprendra une quarantaine à terme, dont 25 à 30 journalistes. "Le défi est aussi de créer une communauté", insiste Benoît Thieulin, partenaire du projet, fondateur de l'agence la Netscouade, ancien responsable de la campagne présidentielle de Ségolène Royal sur le web.
Le site MediaPart s'appuie sur un nouveau modèle économique, qui ne mise pas sur les recettes publicitaires : l'adhésion payante, de 9 euros par mois (5 euros pour les chômeurs et les moins de 25 ans). Ce qui exige selon ses concepteurs "de fortes plus-values". Le point mort sera atteint avec 75 000 adhérents la troisième année. Les besoins de financement sont de 4 millions d'euros.
Pour garantir l'indépendance du site, les fondateurs, dont M. Plenel qui a investi 500 000 euros à titre personnel, détiendront entre 57 % et 59 % du capital. Ils vont apporter 1,3 million d'euros. Des investisseurs partenaires, "acteurs dans le domaine des nouvelles technologies mais sans liens avec les puissances financières en place", sont appelés à investir entre 100 000 et 500 000 euros chacun. Une société des amis sera composée d'individuels mettant entre 5 000 et 50 000 euros chacun.
En France, les pionniers de Rue89 (www.rue89.com), se sont lancés le 6 mai 2007, jour du second tour de l'élection présidentielle. Quatre anciens de Libération, Pierre Haski, M. Mauriac, Pascal Riché et Arnaud Aubron, partis dans le cadre du plan de départ du quotidien début 2007, ont lancé ce site, qui "marie le journalisme professionnel et la culture participative de l'Internet".
PASSER À LA "VITESSE SUPÉRIEURE"
"Le lancement de MediaPart valide notre approche", estime M. Haski, cofondateur de rue 89. Il annonce que "la troisième phase de l'augmentation de capital" est en préparation. Rue89 recherche 2 millions d'euros. Cette phase devrait être bouclée au premier trimestre de 2008, les fondateurs et "les amis de rue89" détiendront 70 % du capital, le maître mot étant l'indépendance. Rue89 veut aussi créer une société des lecteurs internautes en partant du principe "qu'il est plus intéressant de devenir actionnaire que de s'abonner", selon M. Haski. Le site compte 450 000 visiteurs uniques par mois et un "bon niveau" de recettes publicitaires atteint en novembre. "Le journalisme était décrit comme moribond il y a un an. Or, il y a un avenir pour les journalistes sur Internet", affirme M. Haski. Signe des temps, les stagiaires des écoles de journalistes affluent.
Le site "d'informations et d'enquête" Bakchich (www.bakchich.info) qui revendique un certain "mauvais esprit", annonce, après quinze mois d'existence, être "passé à la vitesse supérieure". Ce qui suppose de nouveaux partenaires financiers, dont la publicité. "Il faut au moins un million de visiteurs par mois pour intéresser les annonceurs", affirment ses responsables. Pour l'instant, les recettes publicitaires sont quasi-nulles. Bakchich, qui a enregistré, selon Google Analytics, 400 000 visiteurs en novembre, estime qu'il faudra trois ans pour trouver un réel équilibre économique.
Le journaliste Nicolas Beau, auteur de livres d'investigation, après onze ans passés au Canard Enchaîné, a rejoint le site, pour "tenter l'aventure du Net". En janvier 2008, Philippe Labarde (ancien directeur de la rédaction du Monde) deviendra président du comité éditorial de Backchich.
En octobre, le site ne comptait que trois permanents avec un budget de 10 000 euros par mois. Il était financé par deux mécènes, dont un opposant tunisien, ami de M. Beau. Depuis, 200 000 euros ont été levés dont 120 000 fournis par Jean-Jacques Coppée, un homme d'affaires belge et 80 000 euros par trois autres hommes d'affaires. L'équipe, qui est désormais passée à quatre permanents et une quinzaine de pigistes, espère arrondir les fins de mois avec la vente de la déclinaison de Backchich en version PDF et papier.
Daniel Psenny et Pascale Santi
Article paru dans l'édition du 11.12.07.
LE MONDE | 10.12.07 | 14h21 • Mis à jour le 10.12.07 | 14h21
ace à la crise qui secoue le secteur de la presse écrite, les difficultés économiques qu'elle rencontre et la contestation de son indépendance, de plus en plus de journalistes migrent sur le net. A l'instar des Etats-Unis, où des plumes de titres réputés comme le Washington Post ont quitté leur journal pour participer à des sites d'investigation, des "signatures" de la presse française tentent également l'aventure du net avec l'ambition de renouveler le métier et de changer les rapports entre les journalistes et les lecteurs.
Un mouvement qui touche plusieurs pays
Le mouvement des journalistes de la presse écrite séduits par Internet gagne plusieurs pays. En Espagne, plusieurs rédacteurs ont quitté le quotidien El Mundo pour lancer un site d'information "utile et ouvert" (www.soitu.es), qui compte déjà une trentaine de personnes. Il a passé un accord avec le site rue89.com pour des échanges de contenus. Le site démarrera à la fin de l'année en Espagne. Le mouvement s'est accéléré aux Etats-Unis au début de l'année avec le lancement du site the politico (www.politico.com), créé par deux plumes du Washington Post, John Harris, journaliste politique, et Jim VandeHei, ainsi que Mike Allen, le journaliste de Time rattaché à la Maison Blanche. Ce site est consacré à la politique américaine, notamment à l'approche de la présidentielle de 2008. Il s'accompagne d'un journal papier, qui paraît trois fois par semaine lorsque le Congrès américain est en session. Cette annonce, faite fin 2006, avait été perçue comme un tournant majeur. Le groupe de médias Allbritton Communications, qui diffuse deux chaînes de télévision à Washington, soutient le projet financièrement. Gratuit, le site est également financé par la publicité.
Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, a ouvert dimanche 2 décembre la présentation de son site d'information, pour l'instant appelé MediaPart (www.mediapart.fr) qui sera lancé au premier trimestre de 2008. Il prône "une presse profondément repensée et totalement refondée".
"Partant du constat qu'il y a une crise de l'information, très particulière en France au regard de l'indépendance des journaux, nous voulons proposer un journalisme d'enquête en offrant un nouveau type d'information, totalement indépendant, sur un mode participatif", explique François Bonnet, ancien chef du service international du Monde, directeur éditorial de Mediapart.
Ce site, "cherche à inventer une réponse aux trois crises - démocratique, économique, morale - qui minent l'information en France, sa qualité et son utilité, son honnêteté et sa liberté", écrit M. Plenel. L'équipe, qui compte aujourd'hui sept à huit personnes (dont Laurent Mauduit, ancien rédacteur en chef du Monde, Gérard Desportes, Marie-Hélène Smiejan...), en comprendra une quarantaine à terme, dont 25 à 30 journalistes. "Le défi est aussi de créer une communauté", insiste Benoît Thieulin, partenaire du projet, fondateur de l'agence la Netscouade, ancien responsable de la campagne présidentielle de Ségolène Royal sur le web.
Le site MediaPart s'appuie sur un nouveau modèle économique, qui ne mise pas sur les recettes publicitaires : l'adhésion payante, de 9 euros par mois (5 euros pour les chômeurs et les moins de 25 ans). Ce qui exige selon ses concepteurs "de fortes plus-values". Le point mort sera atteint avec 75 000 adhérents la troisième année. Les besoins de financement sont de 4 millions d'euros.
Pour garantir l'indépendance du site, les fondateurs, dont M. Plenel qui a investi 500 000 euros à titre personnel, détiendront entre 57 % et 59 % du capital. Ils vont apporter 1,3 million d'euros. Des investisseurs partenaires, "acteurs dans le domaine des nouvelles technologies mais sans liens avec les puissances financières en place", sont appelés à investir entre 100 000 et 500 000 euros chacun. Une société des amis sera composée d'individuels mettant entre 5 000 et 50 000 euros chacun.
En France, les pionniers de Rue89 (www.rue89.com), se sont lancés le 6 mai 2007, jour du second tour de l'élection présidentielle. Quatre anciens de Libération, Pierre Haski, M. Mauriac, Pascal Riché et Arnaud Aubron, partis dans le cadre du plan de départ du quotidien début 2007, ont lancé ce site, qui "marie le journalisme professionnel et la culture participative de l'Internet".
PASSER À LA "VITESSE SUPÉRIEURE"
"Le lancement de MediaPart valide notre approche", estime M. Haski, cofondateur de rue 89. Il annonce que "la troisième phase de l'augmentation de capital" est en préparation. Rue89 recherche 2 millions d'euros. Cette phase devrait être bouclée au premier trimestre de 2008, les fondateurs et "les amis de rue89" détiendront 70 % du capital, le maître mot étant l'indépendance. Rue89 veut aussi créer une société des lecteurs internautes en partant du principe "qu'il est plus intéressant de devenir actionnaire que de s'abonner", selon M. Haski. Le site compte 450 000 visiteurs uniques par mois et un "bon niveau" de recettes publicitaires atteint en novembre. "Le journalisme était décrit comme moribond il y a un an. Or, il y a un avenir pour les journalistes sur Internet", affirme M. Haski. Signe des temps, les stagiaires des écoles de journalistes affluent.
Le site "d'informations et d'enquête" Bakchich (www.bakchich.info) qui revendique un certain "mauvais esprit", annonce, après quinze mois d'existence, être "passé à la vitesse supérieure". Ce qui suppose de nouveaux partenaires financiers, dont la publicité. "Il faut au moins un million de visiteurs par mois pour intéresser les annonceurs", affirment ses responsables. Pour l'instant, les recettes publicitaires sont quasi-nulles. Bakchich, qui a enregistré, selon Google Analytics, 400 000 visiteurs en novembre, estime qu'il faudra trois ans pour trouver un réel équilibre économique.
Le journaliste Nicolas Beau, auteur de livres d'investigation, après onze ans passés au Canard Enchaîné, a rejoint le site, pour "tenter l'aventure du Net". En janvier 2008, Philippe Labarde (ancien directeur de la rédaction du Monde) deviendra président du comité éditorial de Backchich.
En octobre, le site ne comptait que trois permanents avec un budget de 10 000 euros par mois. Il était financé par deux mécènes, dont un opposant tunisien, ami de M. Beau. Depuis, 200 000 euros ont été levés dont 120 000 fournis par Jean-Jacques Coppée, un homme d'affaires belge et 80 000 euros par trois autres hommes d'affaires. L'équipe, qui est désormais passée à quatre permanents et une quinzaine de pigistes, espère arrondir les fins de mois avec la vente de la déclinaison de Backchich en version PDF et papier.
Daniel Psenny et Pascale Santi
Article paru dans l'édition du 11.12.07.
Seen in le Monde: about French managers
Les managers français sont parmi les plus mauvais
LE MONDE | 10.12.07 | 14h47 • Mis à jour le 10.12.07 | 15h24
Mous et incompétents. Telle est, en substance, l'opinion que les Français se font de leurs supérieurs hiérarchiques. Tous certes ne sont pas visés. Mais globalement, les dirigeants français se révèlent plus mauvais qu'ailleurs, selon une étude réalisée par le cabinet de conseil en gestion des ressources humaines BPI et l'institut BVA auprès de 5 500 salariés dans dix pays, publiée jeudi 6 décembre.
"Nous entendons les critiques sur le terrain. Mais nous pensions que les difficultés étaient similaires ailleurs. Nous ne nous attendions pas à un tel écart", constate Brice Maillé, directeur de la branche management de BPI.
Seul un sondé français sur deux trouve un quelconque talent à son supérieur, et un sur trois l'estime très compétent, soit les taux les plus bas des dix pays considérés. Signe d'inefficacité : la moitié des hiérarques ne fixeraient pas d'objectifs annuels précis à leurs collaborateurs, disent ces derniers. Ce qui est ressenti de façon négative.
"Quand les objectifs ne sont pas clairs, les salariés ne peuvent améliorer au mieux leur performance et leur rémunération s'en ressent", explique M. Maillé. D'autant que "les salariés sont plus autonomes car le nombre de niveaux hiérarchiques s'est réduit depuis vingt ou trente ans ; les managers ont donc plus de collaborateurs sous leurs ordres, dont ils sont souvent éloignés géographiquement".
PEU D'AUTORITÉ
En toute logique, ces salariés éprouvent peu de respect pour leurs managers et leurs consignes. Un Français sur deux reconnaît ne pas suivre les directives de son supérieur hiérarchique. Seuls les Roumains font pire : 60 % sont dans ce cas.
Ces salariés peuvent agir ainsi sans souci, car les managers français font aussi preuve de peu d'autorité, celle-ci étant reconnue comme une qualité et non comme un défaut. Les pays dont les supérieurs hiérarchiques sont jugés les plus autoritaires sont aussi ceux où leurs subordonnés les trouvent les plus sympathiques. Ce qui est le cas aux Etats-Unis et au Maroc.
"L'autorité est fortement valorisée aux Etats-Unis, où elle est ressentie comme une affirmation du leadership et une capacité à prendre des décisions. En France, on assimile volontiers autorité et autoritarisme, volonté de sanctionner (négativement)...", notent les auteurs.
Cette vision négative influe sur les comportements. Deux dirigeants français sur trois sont prêts à écouter les remarques de leurs collaborateurs, estiment ces derniers, score parmi les plus faibles des pays analysés. Un tiers seulement appuie son collaborateur quand celui-ci souhaite une augmentation de salaire, et moins d'un sur deux est prêt à l'aider pour lui permettre de progresser, ce qui place la France très loin derrière les autres pays.
Cette image très pessimiste se renforce avec les années et l'expérience. Plus les salariés sont âgés, plus leur mauvaise opinion s'accentue. Cette impression est aussi plus forte dans les grandes entreprises que dans les petites. Enfin, les dirigeants du privé ne sont pas mieux perçus que ceux des entreprises publiques ou des administrations, ce qui est une exception française.
Contrairement à une idée reçue, les pays où salariés et dirigeants entretiennent des relations amicales sont aussi ceux où ces derniers sont les mieux jugés.
Ces défauts managériaux n'empêchent pas les grandes entreprises françaises de réaliser d'excellentes performances. Mais elles sont de plus en plus le fait de leurs filiales et managers à l'étranger.
Annie Kahn
Article paru dans l'édition du 11.12.07.
LE MONDE | 10.12.07 | 14h47 • Mis à jour le 10.12.07 | 15h24
Mous et incompétents. Telle est, en substance, l'opinion que les Français se font de leurs supérieurs hiérarchiques. Tous certes ne sont pas visés. Mais globalement, les dirigeants français se révèlent plus mauvais qu'ailleurs, selon une étude réalisée par le cabinet de conseil en gestion des ressources humaines BPI et l'institut BVA auprès de 5 500 salariés dans dix pays, publiée jeudi 6 décembre.
"Nous entendons les critiques sur le terrain. Mais nous pensions que les difficultés étaient similaires ailleurs. Nous ne nous attendions pas à un tel écart", constate Brice Maillé, directeur de la branche management de BPI.
Seul un sondé français sur deux trouve un quelconque talent à son supérieur, et un sur trois l'estime très compétent, soit les taux les plus bas des dix pays considérés. Signe d'inefficacité : la moitié des hiérarques ne fixeraient pas d'objectifs annuels précis à leurs collaborateurs, disent ces derniers. Ce qui est ressenti de façon négative.
"Quand les objectifs ne sont pas clairs, les salariés ne peuvent améliorer au mieux leur performance et leur rémunération s'en ressent", explique M. Maillé. D'autant que "les salariés sont plus autonomes car le nombre de niveaux hiérarchiques s'est réduit depuis vingt ou trente ans ; les managers ont donc plus de collaborateurs sous leurs ordres, dont ils sont souvent éloignés géographiquement".
PEU D'AUTORITÉ
En toute logique, ces salariés éprouvent peu de respect pour leurs managers et leurs consignes. Un Français sur deux reconnaît ne pas suivre les directives de son supérieur hiérarchique. Seuls les Roumains font pire : 60 % sont dans ce cas.
Ces salariés peuvent agir ainsi sans souci, car les managers français font aussi preuve de peu d'autorité, celle-ci étant reconnue comme une qualité et non comme un défaut. Les pays dont les supérieurs hiérarchiques sont jugés les plus autoritaires sont aussi ceux où leurs subordonnés les trouvent les plus sympathiques. Ce qui est le cas aux Etats-Unis et au Maroc.
"L'autorité est fortement valorisée aux Etats-Unis, où elle est ressentie comme une affirmation du leadership et une capacité à prendre des décisions. En France, on assimile volontiers autorité et autoritarisme, volonté de sanctionner (négativement)...", notent les auteurs.
Cette vision négative influe sur les comportements. Deux dirigeants français sur trois sont prêts à écouter les remarques de leurs collaborateurs, estiment ces derniers, score parmi les plus faibles des pays analysés. Un tiers seulement appuie son collaborateur quand celui-ci souhaite une augmentation de salaire, et moins d'un sur deux est prêt à l'aider pour lui permettre de progresser, ce qui place la France très loin derrière les autres pays.
Cette image très pessimiste se renforce avec les années et l'expérience. Plus les salariés sont âgés, plus leur mauvaise opinion s'accentue. Cette impression est aussi plus forte dans les grandes entreprises que dans les petites. Enfin, les dirigeants du privé ne sont pas mieux perçus que ceux des entreprises publiques ou des administrations, ce qui est une exception française.
Contrairement à une idée reçue, les pays où salariés et dirigeants entretiennent des relations amicales sont aussi ceux où ces derniers sont les mieux jugés.
Ces défauts managériaux n'empêchent pas les grandes entreprises françaises de réaliser d'excellentes performances. Mais elles sont de plus en plus le fait de leurs filiales et managers à l'étranger.
Annie Kahn
Article paru dans l'édition du 11.12.07.
lundi 10 décembre 2007
Seen in le fig: Oera comique and Jerome Deschamps
«Même le mot noir devient tabou, c’est de la pure folie»
Langage. Georges Lebouc écharpe et décortique le politiquement correct.
Recueilli par CATHERINE MALLAVAL
QUOTIDIEN : lundi 10 décembre 2007
58 réactions
Vous rêvez de vous fondre dans le ronron de l’époque, en causant bien lisse, sans la moindre once de malice ? Vous aspirez à devenir le Mr. Propre du français, jamais en reste d’expressions javellisées comme «précipitations» (à croire que ça mouille moins que la pluie), «plan de sauvegarde de l’emploi» (nettement plus social que licenciements collectifs) ou «arts premiers» (plus distingués qu’arts primitifs), sans oublier «frappes chirurgicales» ou «dommages collatéraux» ? Le Parlez-vous le politiquement correct ? que vient de publier le Pr Georges Lebouc (1) et, en particulier, son lexique vont devenir votre livre de chevet.
Sur le même sujet
BLOG Le Noël chrétien n'est plus tabou aux Etats-Unis
Vous fulminez quand on vous dit «cet apprenant souffrait d’un surcroît pondéral qui ne lui permettait pas de briller au cours des séquences de motricité», plutôt que «cet élève obèse ne pouvait pas briller au cours de gym» ? Georges Lebouc, philologue en retraite, mi-français, mi-belge, est aussi votre ami. Lui qui s’agace sec contre cette façon que l’on a de ne «plus appeler un chat un chat». Entretien avec un homme qui a le bon goût d’avoir fait sienne cette exquise citation de Montesquieu : «La gravité est le bonheur des imbéciles.»
Quel comble du «politiquement correct» vous a poussé à écrire ce livre ?
Le mot «océaniser», qui signifie couler un navire-poubelle, donc polluer les océans, me fait particulièrement bondir. Mais plus que tel ou tel mot, comme «partir» pour mourir, c’est la dérive du politiquement correct qui m’exaspère. Nous sommes en effet passés d’une volonté de ne pas choquer au délire. Tant qu’il s’agit de parler de malentendants, ou de déficients auditifs ou de handicapés auditifs plutôt que de sourds, de sourdingues, des durs de la feuille qui auraient les portugaises ensablées, passe. Même si hélas, malgré les miracles qu’il accomplit, le politiquement correct ne parviendra à réparer cette infirmité, ou plutôt ce handicap comme on dit maintenant. Bref, quand dans le même souci de ne pas choquer ou exclure on cherche à éviter des discriminations raciales, sexuelles ou sociales, par exemple en revalorisant (prétendument) certains métiers par une terminologie plus huppée comme «technicien de surface» (balayeur) ou «hôtesse de caisse» (caissières)… pourquoi pas. Mais quand une institutrice se fait vilipender lors d’une inspection parce qu’elle parle du tableau noir et que le mot noir devient à lui seul un tabou, c’est de la pure folie.
Quels sont les domaines les plus affectés ?
Tous le sont. Mais l’économie est un terrible domaine où les mots sont là pour éviter de dire les choses. Comme s’il était moins pénible d’être «licencié» ou «restructuré» que mis à la porte. Tous les substituts aux vilains mots sont bons : «réajuster» au lieu de dévaluer, «réaménager» plutôt que réduire, «ouverture du capital» à la place de privatisation, «lignes de production» en guise de travail à la chaîne… Quant aux anciens travailleurs à la chaîne, deviendront-ils des chômeurs ? Jamais ! Tout au plus des «demandeurs d’emploi» ou des «sans-emploi», voire des «personnes en cessation d’activité ou de travail», en «mise en disponibilité» ou même «mise en non-activité»…
Mais comment ces mots sont-ils «aplatis» ?
Ils reposent sur des procédés qui ne sont pas loin de devenir des tics. Comme le but est de ne pas appeler les choses, on recourt à des formulations négatives, comme «non»-apprenant (un cancre) ou «mal»-sachant, ou «contre»-performance (en fait, un échec), «sans»-abri (clodo), «dys»-fonctionnement (qui vaut tellement mieux qu’une bavure policière, par exemple).
Autre astuce tout aussi caricaturale, le recours au langage scientifique. Comme s’il était préférable de dire aliénation que folie, oncologie ou carcinologie que cancérologie. Il y a également l’utilisation de mots étrangers : on n’est plus un homosexuel montré du doigt quand on est gay. Sans oublier le recours aux acronymes, HLM, IVG, HP… De bien beaux euphémismes !
D’où nous vient cette entreprise de lissage ?
Des Etats-Unis dans les années 90. Il s’agissait alors principalement de lutter contre le racisme quand une classe moyenne de Noirs américains a vraiment commencé à émerger. L’expression politically correct qui découle de la political correctness nous vient de là.
Pourtant, ce n’est pas une première dans l’histoire...
Effectivement, ce ridicule a déjà existé sous la forme d’une préciosité dont Molière s’est moqué. Mais il s’agissait à cette époque-là et de briller dans la conversation et de raffinement, avec toutes sortes de métaphores succulentes. Ainsi il y avait le «conseiller des grâces», qui désignait un miroir, l’«antipode de la raison» pour une sotte, les «commodités de la conversation» pour des fauteuils, ou encore un «traître» pour parler d’un paravent. Mais l’oscar des expressions précieuses va sans conteste aux pauvres porteurs de chaise devenus des «mulets baptisés» !
Ça va durer longtemps cette histoire ?
En fait je crois que le XXe siècle a tellement été barbare qu’on avait peut-être besoin d’un épisode lénifiant. Une dizaine de mots apparaissent encore tous les quinze jours. Mais c’est une mode. Et l’on passera brutalement à autre chose.
(1) Coll. «Autour des mots», éditions Racine, 128 pp., 15,70 euros.
Langage. Georges Lebouc écharpe et décortique le politiquement correct.
Recueilli par CATHERINE MALLAVAL
QUOTIDIEN : lundi 10 décembre 2007
58 réactions
Vous rêvez de vous fondre dans le ronron de l’époque, en causant bien lisse, sans la moindre once de malice ? Vous aspirez à devenir le Mr. Propre du français, jamais en reste d’expressions javellisées comme «précipitations» (à croire que ça mouille moins que la pluie), «plan de sauvegarde de l’emploi» (nettement plus social que licenciements collectifs) ou «arts premiers» (plus distingués qu’arts primitifs), sans oublier «frappes chirurgicales» ou «dommages collatéraux» ? Le Parlez-vous le politiquement correct ? que vient de publier le Pr Georges Lebouc (1) et, en particulier, son lexique vont devenir votre livre de chevet.
Sur le même sujet
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Vous fulminez quand on vous dit «cet apprenant souffrait d’un surcroît pondéral qui ne lui permettait pas de briller au cours des séquences de motricité», plutôt que «cet élève obèse ne pouvait pas briller au cours de gym» ? Georges Lebouc, philologue en retraite, mi-français, mi-belge, est aussi votre ami. Lui qui s’agace sec contre cette façon que l’on a de ne «plus appeler un chat un chat». Entretien avec un homme qui a le bon goût d’avoir fait sienne cette exquise citation de Montesquieu : «La gravité est le bonheur des imbéciles.»
Quel comble du «politiquement correct» vous a poussé à écrire ce livre ?
Le mot «océaniser», qui signifie couler un navire-poubelle, donc polluer les océans, me fait particulièrement bondir. Mais plus que tel ou tel mot, comme «partir» pour mourir, c’est la dérive du politiquement correct qui m’exaspère. Nous sommes en effet passés d’une volonté de ne pas choquer au délire. Tant qu’il s’agit de parler de malentendants, ou de déficients auditifs ou de handicapés auditifs plutôt que de sourds, de sourdingues, des durs de la feuille qui auraient les portugaises ensablées, passe. Même si hélas, malgré les miracles qu’il accomplit, le politiquement correct ne parviendra à réparer cette infirmité, ou plutôt ce handicap comme on dit maintenant. Bref, quand dans le même souci de ne pas choquer ou exclure on cherche à éviter des discriminations raciales, sexuelles ou sociales, par exemple en revalorisant (prétendument) certains métiers par une terminologie plus huppée comme «technicien de surface» (balayeur) ou «hôtesse de caisse» (caissières)… pourquoi pas. Mais quand une institutrice se fait vilipender lors d’une inspection parce qu’elle parle du tableau noir et que le mot noir devient à lui seul un tabou, c’est de la pure folie.
Quels sont les domaines les plus affectés ?
Tous le sont. Mais l’économie est un terrible domaine où les mots sont là pour éviter de dire les choses. Comme s’il était moins pénible d’être «licencié» ou «restructuré» que mis à la porte. Tous les substituts aux vilains mots sont bons : «réajuster» au lieu de dévaluer, «réaménager» plutôt que réduire, «ouverture du capital» à la place de privatisation, «lignes de production» en guise de travail à la chaîne… Quant aux anciens travailleurs à la chaîne, deviendront-ils des chômeurs ? Jamais ! Tout au plus des «demandeurs d’emploi» ou des «sans-emploi», voire des «personnes en cessation d’activité ou de travail», en «mise en disponibilité» ou même «mise en non-activité»…
Mais comment ces mots sont-ils «aplatis» ?
Ils reposent sur des procédés qui ne sont pas loin de devenir des tics. Comme le but est de ne pas appeler les choses, on recourt à des formulations négatives, comme «non»-apprenant (un cancre) ou «mal»-sachant, ou «contre»-performance (en fait, un échec), «sans»-abri (clodo), «dys»-fonctionnement (qui vaut tellement mieux qu’une bavure policière, par exemple).
Autre astuce tout aussi caricaturale, le recours au langage scientifique. Comme s’il était préférable de dire aliénation que folie, oncologie ou carcinologie que cancérologie. Il y a également l’utilisation de mots étrangers : on n’est plus un homosexuel montré du doigt quand on est gay. Sans oublier le recours aux acronymes, HLM, IVG, HP… De bien beaux euphémismes !
D’où nous vient cette entreprise de lissage ?
Des Etats-Unis dans les années 90. Il s’agissait alors principalement de lutter contre le racisme quand une classe moyenne de Noirs américains a vraiment commencé à émerger. L’expression politically correct qui découle de la political correctness nous vient de là.
Pourtant, ce n’est pas une première dans l’histoire...
Effectivement, ce ridicule a déjà existé sous la forme d’une préciosité dont Molière s’est moqué. Mais il s’agissait à cette époque-là et de briller dans la conversation et de raffinement, avec toutes sortes de métaphores succulentes. Ainsi il y avait le «conseiller des grâces», qui désignait un miroir, l’«antipode de la raison» pour une sotte, les «commodités de la conversation» pour des fauteuils, ou encore un «traître» pour parler d’un paravent. Mais l’oscar des expressions précieuses va sans conteste aux pauvres porteurs de chaise devenus des «mulets baptisés» !
Ça va durer longtemps cette histoire ?
En fait je crois que le XXe siècle a tellement été barbare qu’on avait peut-être besoin d’un épisode lénifiant. Une dizaine de mots apparaissent encore tous les quinze jours. Mais c’est une mode. Et l’on passera brutalement à autre chose.
(1) Coll. «Autour des mots», éditions Racine, 128 pp., 15,70 euros.
Seen in le fig: about Jérôme Deschamps and Opéra comique
Interessant article dans le fig d'hier sur la nouvelle direction de l'Opéra Comique par Jérôme Deschamps
Enjeux de la nouvelle direction post Jérôme Savary: ne pas renoncer à l'exigence en termes de programmation artistique, mais savoir aussi s'ouvrir à de nouveaux publics, ceux là même qui n'oseraient pas aller à l'Opéra. Constantes des politiques culturelles publiques de ce début de siècle...
Belle initiative que celle du "mécène du regard": on achète une place, qui sera offerte à quelqu'un qui n'aurait pas les moyens d'aller voir un Opéra. Une nouvelle vision du don.
Enjeux de la nouvelle direction post Jérôme Savary: ne pas renoncer à l'exigence en termes de programmation artistique, mais savoir aussi s'ouvrir à de nouveaux publics, ceux là même qui n'oseraient pas aller à l'Opéra. Constantes des politiques culturelles publiques de ce début de siècle...
Belle initiative que celle du "mécène du regard": on achète une place, qui sera offerte à quelqu'un qui n'aurait pas les moyens d'aller voir un Opéra. Une nouvelle vision du don.
Seen on libé: politically correctness
«Même le mot noir devient tabou, c’est de la pure folie»
Langage. Georges Lebouc écharpe et décortique le politiquement correct.
Recueilli par CATHERINE MALLAVAL
QUOTIDIEN : lundi 10 décembre 2007
58 réactions
Vous rêvez de vous fondre dans le ronron de l’époque, en causant bien lisse, sans la moindre once de malice ? Vous aspirez à devenir le Mr. Propre du français, jamais en reste d’expressions javellisées comme «précipitations» (à croire que ça mouille moins que la pluie), «plan de sauvegarde de l’emploi» (nettement plus social que licenciements collectifs) ou «arts premiers» (plus distingués qu’arts primitifs), sans oublier «frappes chirurgicales» ou «dommages collatéraux» ? Le Parlez-vous le politiquement correct ? que vient de publier le Pr Georges Lebouc (1) et, en particulier, son lexique vont devenir votre livre de chevet.
Sur le même sujet
BLOG Le Noël chrétien n'est plus tabou aux Etats-Unis
Vous fulminez quand on vous dit «cet apprenant souffrait d’un surcroît pondéral qui ne lui permettait pas de briller au cours des séquences de motricité», plutôt que «cet élève obèse ne pouvait pas briller au cours de gym» ? Georges Lebouc, philologue en retraite, mi-français, mi-belge, est aussi votre ami. Lui qui s’agace sec contre cette façon que l’on a de ne «plus appeler un chat un chat». Entretien avec un homme qui a le bon goût d’avoir fait sienne cette exquise citation de Montesquieu : «La gravité est le bonheur des imbéciles.»
Quel comble du «politiquement correct» vous a poussé à écrire ce livre ?
Le mot «océaniser», qui signifie couler un navire-poubelle, donc polluer les océans, me fait particulièrement bondir. Mais plus que tel ou tel mot, comme «partir» pour mourir, c’est la dérive du politiquement correct qui m’exaspère. Nous sommes en effet passés d’une volonté de ne pas choquer au délire. Tant qu’il s’agit de parler de malentendants, ou de déficients auditifs ou de handicapés auditifs plutôt que de sourds, de sourdingues, des durs de la feuille qui auraient les portugaises ensablées, passe. Même si hélas, malgré les miracles qu’il accomplit, le politiquement correct ne parviendra à réparer cette infirmité, ou plutôt ce handicap comme on dit maintenant. Bref, quand dans le même souci de ne pas choquer ou exclure on cherche à éviter des discriminations raciales, sexuelles ou sociales, par exemple en revalorisant (prétendument) certains métiers par une terminologie plus huppée comme «technicien de surface» (balayeur) ou «hôtesse de caisse» (caissières)… pourquoi pas. Mais quand une institutrice se fait vilipender lors d’une inspection parce qu’elle parle du tableau noir et que le mot noir devient à lui seul un tabou, c’est de la pure folie.
Quels sont les domaines les plus affectés ?
Tous le sont. Mais l’économie est un terrible domaine où les mots sont là pour éviter de dire les choses. Comme s’il était moins pénible d’être «licencié» ou «restructuré» que mis à la porte. Tous les substituts aux vilains mots sont bons : «réajuster» au lieu de dévaluer, «réaménager» plutôt que réduire, «ouverture du capital» à la place de privatisation, «lignes de production» en guise de travail à la chaîne… Quant aux anciens travailleurs à la chaîne, deviendront-ils des chômeurs ? Jamais ! Tout au plus des «demandeurs d’emploi» ou des «sans-emploi», voire des «personnes en cessation d’activité ou de travail», en «mise en disponibilité» ou même «mise en non-activité»…
Mais comment ces mots sont-ils «aplatis» ?
Ils reposent sur des procédés qui ne sont pas loin de devenir des tics. Comme le but est de ne pas appeler les choses, on recourt à des formulations négatives, comme «non»-apprenant (un cancre) ou «mal»-sachant, ou «contre»-performance (en fait, un échec), «sans»-abri (clodo), «dys»-fonctionnement (qui vaut tellement mieux qu’une bavure policière, par exemple).
Autre astuce tout aussi caricaturale, le recours au langage scientifique. Comme s’il était préférable de dire aliénation que folie, oncologie ou carcinologie que cancérologie. Il y a également l’utilisation de mots étrangers : on n’est plus un homosexuel montré du doigt quand on est gay. Sans oublier le recours aux acronymes, HLM, IVG, HP… De bien beaux euphémismes !
D’où nous vient cette entreprise de lissage ?
Des Etats-Unis dans les années 90. Il s’agissait alors principalement de lutter contre le racisme quand une classe moyenne de Noirs américains a vraiment commencé à émerger. L’expression politically correct qui découle de la political correctness nous vient de là.
Pourtant, ce n’est pas une première dans l’histoire...
Effectivement, ce ridicule a déjà existé sous la forme d’une préciosité dont Molière s’est moqué. Mais il s’agissait à cette époque-là et de briller dans la conversation et de raffinement, avec toutes sortes de métaphores succulentes. Ainsi il y avait le «conseiller des grâces», qui désignait un miroir, l’«antipode de la raison» pour une sotte, les «commodités de la conversation» pour des fauteuils, ou encore un «traître» pour parler d’un paravent. Mais l’oscar des expressions précieuses va sans conteste aux pauvres porteurs de chaise devenus des «mulets baptisés» !
Ça va durer longtemps cette histoire ?
En fait je crois que le XXe siècle a tellement été barbare qu’on avait peut-être besoin d’un épisode lénifiant. Une dizaine de mots apparaissent encore tous les quinze jours. Mais c’est une mode. Et l’on passera brutalement à autre chose.
(1) Coll. «Autour des mots», éditions Racine, 128 pp., 15,70 euros.
Langage. Georges Lebouc écharpe et décortique le politiquement correct.
Recueilli par CATHERINE MALLAVAL
QUOTIDIEN : lundi 10 décembre 2007
58 réactions
Vous rêvez de vous fondre dans le ronron de l’époque, en causant bien lisse, sans la moindre once de malice ? Vous aspirez à devenir le Mr. Propre du français, jamais en reste d’expressions javellisées comme «précipitations» (à croire que ça mouille moins que la pluie), «plan de sauvegarde de l’emploi» (nettement plus social que licenciements collectifs) ou «arts premiers» (plus distingués qu’arts primitifs), sans oublier «frappes chirurgicales» ou «dommages collatéraux» ? Le Parlez-vous le politiquement correct ? que vient de publier le Pr Georges Lebouc (1) et, en particulier, son lexique vont devenir votre livre de chevet.
Sur le même sujet
BLOG Le Noël chrétien n'est plus tabou aux Etats-Unis
Vous fulminez quand on vous dit «cet apprenant souffrait d’un surcroît pondéral qui ne lui permettait pas de briller au cours des séquences de motricité», plutôt que «cet élève obèse ne pouvait pas briller au cours de gym» ? Georges Lebouc, philologue en retraite, mi-français, mi-belge, est aussi votre ami. Lui qui s’agace sec contre cette façon que l’on a de ne «plus appeler un chat un chat». Entretien avec un homme qui a le bon goût d’avoir fait sienne cette exquise citation de Montesquieu : «La gravité est le bonheur des imbéciles.»
Quel comble du «politiquement correct» vous a poussé à écrire ce livre ?
Le mot «océaniser», qui signifie couler un navire-poubelle, donc polluer les océans, me fait particulièrement bondir. Mais plus que tel ou tel mot, comme «partir» pour mourir, c’est la dérive du politiquement correct qui m’exaspère. Nous sommes en effet passés d’une volonté de ne pas choquer au délire. Tant qu’il s’agit de parler de malentendants, ou de déficients auditifs ou de handicapés auditifs plutôt que de sourds, de sourdingues, des durs de la feuille qui auraient les portugaises ensablées, passe. Même si hélas, malgré les miracles qu’il accomplit, le politiquement correct ne parviendra à réparer cette infirmité, ou plutôt ce handicap comme on dit maintenant. Bref, quand dans le même souci de ne pas choquer ou exclure on cherche à éviter des discriminations raciales, sexuelles ou sociales, par exemple en revalorisant (prétendument) certains métiers par une terminologie plus huppée comme «technicien de surface» (balayeur) ou «hôtesse de caisse» (caissières)… pourquoi pas. Mais quand une institutrice se fait vilipender lors d’une inspection parce qu’elle parle du tableau noir et que le mot noir devient à lui seul un tabou, c’est de la pure folie.
Quels sont les domaines les plus affectés ?
Tous le sont. Mais l’économie est un terrible domaine où les mots sont là pour éviter de dire les choses. Comme s’il était moins pénible d’être «licencié» ou «restructuré» que mis à la porte. Tous les substituts aux vilains mots sont bons : «réajuster» au lieu de dévaluer, «réaménager» plutôt que réduire, «ouverture du capital» à la place de privatisation, «lignes de production» en guise de travail à la chaîne… Quant aux anciens travailleurs à la chaîne, deviendront-ils des chômeurs ? Jamais ! Tout au plus des «demandeurs d’emploi» ou des «sans-emploi», voire des «personnes en cessation d’activité ou de travail», en «mise en disponibilité» ou même «mise en non-activité»…
Mais comment ces mots sont-ils «aplatis» ?
Ils reposent sur des procédés qui ne sont pas loin de devenir des tics. Comme le but est de ne pas appeler les choses, on recourt à des formulations négatives, comme «non»-apprenant (un cancre) ou «mal»-sachant, ou «contre»-performance (en fait, un échec), «sans»-abri (clodo), «dys»-fonctionnement (qui vaut tellement mieux qu’une bavure policière, par exemple).
Autre astuce tout aussi caricaturale, le recours au langage scientifique. Comme s’il était préférable de dire aliénation que folie, oncologie ou carcinologie que cancérologie. Il y a également l’utilisation de mots étrangers : on n’est plus un homosexuel montré du doigt quand on est gay. Sans oublier le recours aux acronymes, HLM, IVG, HP… De bien beaux euphémismes !
D’où nous vient cette entreprise de lissage ?
Des Etats-Unis dans les années 90. Il s’agissait alors principalement de lutter contre le racisme quand une classe moyenne de Noirs américains a vraiment commencé à émerger. L’expression politically correct qui découle de la political correctness nous vient de là.
Pourtant, ce n’est pas une première dans l’histoire...
Effectivement, ce ridicule a déjà existé sous la forme d’une préciosité dont Molière s’est moqué. Mais il s’agissait à cette époque-là et de briller dans la conversation et de raffinement, avec toutes sortes de métaphores succulentes. Ainsi il y avait le «conseiller des grâces», qui désignait un miroir, l’«antipode de la raison» pour une sotte, les «commodités de la conversation» pour des fauteuils, ou encore un «traître» pour parler d’un paravent. Mais l’oscar des expressions précieuses va sans conteste aux pauvres porteurs de chaise devenus des «mulets baptisés» !
Ça va durer longtemps cette histoire ?
En fait je crois que le XXe siècle a tellement été barbare qu’on avait peut-être besoin d’un épisode lénifiant. Une dizaine de mots apparaissent encore tous les quinze jours. Mais c’est une mode. Et l’on passera brutalement à autre chose.
(1) Coll. «Autour des mots», éditions Racine, 128 pp., 15,70 euros.
samedi 24 novembre 2007
Seen in the press: about Japanese alternative soft power
Read yesterday in le figaro (yep, since I am in a business grad school, yes, I happen to read it)
Japan earned more stars to the Michelin than Paris!
Good news for my stomach when I go to Japan next time!
I do think Tokyo deserved its stars, I had good culinary moments in Japan, and you know that Japanese people love food right?
Japan earned more stars to the Michelin than Paris!
Good news for my stomach when I go to Japan next time!
I do think Tokyo deserved its stars, I had good culinary moments in Japan, and you know that Japanese people love food right?
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